Structurer, défendre et promouvoir l’horlogerie française
France Horlogerie est l’organisation professionnelle représentative de l’ensemble de la filière horlogère française. Fondée en 1947, elle rassemble marques, fabricants de composants, sous-traitants, industriels et créateurs autour d’un objectif commun : renforcer la cohésion de la filière et accroître son rayonnement en France et à l’international.
À travers son action, France Horlogerie joue un rôle central dans la valorisation des savoir-faire, l’accompagnement des entreprises face aux enjeux économiques et réglementaires, et le renforcement de la compétitivité de la filière dans un contexte mondial de plus en plus exigeant. L’organisation agit également comme interlocuteur privilégié auprès des institutions publiques et des partenaires économiques, notamment sur les sujets liés à la réindustrialisation, à l’innovation et à l’attractivité des métiers.
Structurée autour de plusieurs collèges représentatifs des différentes composantes du secteur — montres, composants et horlogerie industrielle — France Horlogerie favorise une approche transversale et collaborative, essentielle au développement durable de la filière.
Un échange privilégié avec Pierre Burgun, Président de France Horlogerie
Entrepreneur reconnu et figure engagée de l’horlogerie française, il incarne une vision à la fois pragmatique et ambitieuse pour l’avenir du secteur.
Son parcours, profondément ancré dans l’industrie horlogère, lui confère une compréhension fine des réalités du terrain : développement industriel, transmission des savoir-faire, positionnement international des marques françaises et adaptation aux nouvelles attentes des marchés. À la tête de France Horlogerie, Pierre Burgun porte une ambition claire : renforcer la cohésion de la filière et accroître la visibilité de l’horlogerie française à l’échelle mondiale.
Une filière en mouvement, tournée vers l’avenir
Quelle est, selon vous, la priorité absolue pour renforcer la compétitivité de l’horlogerie française dans les cinq prochaines années ?
La priorité, très clairement, c’est d’assumer une ambition industrielle.
Depuis dix ans, l’horlogerie française s’est réveillée. La croissance a été forte : +50 % entre 2020 et 2025 malgré un contexte international chahuté.
Ce n’est pas un hasard. Il y a un désir de montres françaises, une énergie entrepreneuriale avec un mix efficace entre des entreprises aux marques historiques et une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs passionnés d’horlogerie.
Mais maintenant, il faut changer d’échelle.
Nous disposons d’une chaîne de valeur complète : une centaine d’entreprises, 423 millions d’euros de chiffre d’affaires à la production, 3 000 emplois directs.
Il faut cependant être réaliste, l’industrie suisse, c’est 22 milliards d’euros de chiffre d’affaires, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir mais un potentiel certain car le socle est solide.
L’enjeu, c’est de consolider notre souveraineté industrielle, notamment en poursuivant la relocalisation des composants stratégiques comme les mouvements.
La compétitivité ne viendra pas seulement du design ou du marketing. Elle viendra de notre capacité à produire en France, à innover en France, et à coopérer davantage entre acteurs. C’est ce combat collectif que nous menons au sein de France Horlogerie.
L’horlogerie française doit redevenir un réflexe naturel dans l’esprit des consommateurs et des professionnels.
Comment France Horlogerie peut-elle mieux accompagner les petites et moyennes marques face aux défis de l’internationalisation ?
L’export n’est pas une option pour nous. L’horlogerie française en général est déjà profondément internationale : en moyenne, 80 % du chiffre d’affaires est réalisé à l’export. Cependant la grande partie de ces exportations est réalisé plus par les fabricants de composants que par les fabricants de montres.
La clé du développement de notre industrie est clairement l’export.
Mais pour nos PME, l’international reste un défi quotidien : accès aux marchés, visibilité, réseaux de distribution…. Notre rôle est d’être un accélérateur et un facilitateur.
Avec le soutien de Francéclat, nous accompagnons les entreprises sur la prospection, les études de marché, les missions découvertes. Nous organisons des Pavillons France sur des salons clés comme Hong Kong ou Munich. Nous soutenons leur présence sur les grands rendez-vous internationaux et nous travaillons activement à mieux faire connaître notre écosystème auprès des médias spécialisés et du grand public à l’étranger.
L’agilité est la force de nos entreprises. À nous de leur donner la puissance collective.
Quel rôle la réindustrialisation et les programmes comme France 2030 peuvent-ils jouer concrètement pour la filière horlogère ?
La réindustrialisation n’est pas un slogan. Pour nous, c’est une feuille de route très concrète. C’est un cap assumé avec une stratégie ambitieuse.
Premier pilier : l’innovation. Avec l’espace collaboratif d’innovation, que nous prévoyons d’implanter dans le Doubs, à Besançon et à Morteau. Nous voulons créer un véritable outil au service des entreprises : prototypage, bureau d’études, formation, recherche de partenaires… Un lieu où l’on accélère les projets, où l’on mutualise les compétences, où l’on gagne du temps. Notre candidature au dispositif France 2030 s’inscrit pleinement dans cette dynamique.
Deuxième pilier : la coopération. Les grappes d’entreprises lancées en 2024 rassemblent marques, fabricants de composants, sous-traitants pour développer ensemble des produits et services horlogers conçus et fabriqués en France.
Notre conviction est simple : l’avenir de l’horlogerie française sera collectif.
Comment attirer et fidéliser les talents, notamment les jeunes générations, dans les métiers de l’horlogerie aujourd’hui ?
Je suis toujours frappé par l’intérêt de plus en plus grand des jeunes pour l’horlogerie. La France dispose d’un vivier exceptionnel, nourri par une histoire horlogère riche et par une dizaine d’établissements de formation reconnus.
Les métiers de l’horlogerie ne sont pas des métiers du passé. Ce sont des métiers d’excellence, de précision, de création. On y trouve de la rigueur, du design, de la technologie, du service… et beaucoup de passion.
Nous allons régulièrement à la rencontre des élèves, nous organisons des concours — comme au Time Fest avec le lycée de Mérignac — pour valoriser leurs projets. Nous participons à l’évolution des diplômes pour garantir l’adéquation entre les formations et les besoins des entreprises.
Attirer les talents, ce n’est pas seulement communiquer. C’est leur offrir une perspective : participer à la renaissance d’une filière française ambitieuse.
Quelle image souhaitez-vous que l’horlogerie française projette à l’international à l’issue de votre mandat à la présidence de France Horlogerie ?
Tout d’abord, ce n’est pas mon mandat en tant que tel qui est déterminant. Il s’inscrit dans la continuité de ceux qui l’ont précédé et, je l’espère, dans celle de ceux qui lui succéderont.
Ce qui compte, ce n’est pas l’action d’un seul, mais le travail collectif mené dans la durée. C’est l’ensemble de ces engagements, portés successivement et avec constance, avec l’objectif que l’on parle de l’horlogerie française comme d’une évidence.
Une horlogerie qui assume son histoire, ses métiers d’art, son design, sa créativité — cette fameuse “French touch” qui conjugue élégance et audace ; mais aussi une horlogerie moderne, innovante, industrielle, présente sur ses marchés historiques en Europe et renforcée sur des marchés stratégiques comme les États-Unis, la Chine ou l’Inde.
En clair : une horlogerie française conquérante, qui assume son ambition.
Conclusion
France Horlogerie s’affirme comme un pilier essentiel de l’écosystème horloger français, à la croisée des enjeux industriels, économiques et culturels. L’échange avec Pierre Burgun met en lumière une vision structurée et résolument tournée vers l’avenir, où la coopération et la valorisation collective constituent les clés du rayonnement durable de l’horlogerie française.
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